Quelles sont les maladies
susceptibles d’être transmises
à l’homme par les pigeons ?
De nombreux microbes (bactéries, levures, virus, …) peuvent être hébergés par les pigeons comme par toute espèce animale. Certains d’entre eux sont susceptibles de transmettre une maladie à l’homme qui les élève ou les héberge. Parmi ceux ci, les plus fréquemment isolés chez les pigeons d’élevage sont des salmonelles (Salmonella tiphymurium var Copenhaguen), des levures (Candida albicans). Par contre, les chlamydies de l’ornithose sont rarement isolées. Quant aux Campilobacter, on ne les isole jamais car,…. on ne les recherche pas puisque qu’il ne sont pas responsables de maladie chez le pigeon. Le virus de West Nile qui sévit aux Etats Unis ne semble pas avoir fait son apparition en France sur la population de pigeons sauvages ou domestiques. Il faut ajouter à cette liste une maladie non infectieuse : « la maladie du poumon des éleveurs d’oiseaux » qui est une maladie d’origine allergique.
Campilobacter
jejuni est
très fréquemment retrouvé dans le tractus digestif des volailles (jusqu’à 80%
dans les élevages de poules pondeuses avec jusqu’à 25% des œufs contaminés par
les fientes à la surface de la coquille). Cette bactérie est responsable d’une
zoonose (= maladie d’origine animale et transmissible à l’homme) : la
consommation de viande de volailles représente un risque très significatif dans
l’apparition des diarrhées humaines dues à Campylobacter jejuni. La maladie
peut se transmettre également lors de la manipulation des carcasses par les
employés des abattoirs.
Dans
une étude datant de 1999 sur des pigeons parisiens, Candida albicans a
été isolé dans 68% des jabots mais seulement 20% des intestins. Si la maladie
candidose existe chez l’homme, on ne peut pas dire que celle ci soit transmise
par des contaminants extérieurs. C’est plus un terrain immunodéprimé (SIDA) ou
des facteurs locaux qui favorisent l’implantation des levures sur la peau ou,
plus souvent, sur les muqueuses digestives,
génitales,….
Salmonella
tiphymurium var Copenhaguen est très régulièrement isolés dans des élevages dans lesquels sévit la
paratyphose. C’est même une « dominante pathologique » et la maladie
est un motif de consultation extrêmement fréquent. Des salmonelles sont
régulièrement responsables de Toxi Infection Alimentaire Collective chez
l’homme suite à la consommation de mayonnaise, glaces,….. dans lesquelles des
œufs non cuits sont incorporés. La maladie chez l’homme apparaît toujours après
ingestion d’aliments contaminés et non pas par simple contact. Pour cette
raison, et bien que la maladie soit très fréquente dans les élevages de
pigeons, je n’ai jamais observé de transmission de la maladie aux éleveurs de pigeons. Il faut ajouter que
les œufs de pigeons ne sont généralement pas consommés, en tous cas, s’ils le
sont, ils sont cuits; que la viande de pigeon se mange bien cuite (par rapport
au bœuf) et enfin que la salmonellose du pigeon est assez spécifique et est
probablement peu pathogène pour les autres espèces animales.
Chlamydia
psitacci
est responsable de l’ornithose chez le pigeon (psittacose chez les perroquets
et…. chlamydiose chez l’homme). Attention cependant à ne pas confondre
l’ornithose avec d’autres chlamydioses humaines (Chlamydia trachomatis) ou
animales (Chlamydia felis chez le chat). Bien que certaines enquêtes
sérologiques semblent montrer une large diffusion de la bactérie parmi les
populations sauvages de pigeons, quand j’utilise des techniques modernes de
recherche de la bactérie (PCR) je n’en trouve que très rarement dans les
pigeons d’élevage. Pour des raisons budgétaires, cette technique de recherche
n’a pas été utilisée dans les études concernant les populations de pigeons
sauvages. Chez le pigeon, la bactérie
donne des signes de coryza (inflammation des voies respiratoires) mais aussi
des troubles de la reproduction (mortalité en coquille, mortalité au nid) et
des arthrites. Chez l’homme, la bactérie est responsable d’un syndrome grippal
voire d’une grave pneumonie. Cependant, le traitement adapté (Doxycycline)
permet de guérir rapidement les personnes atteintes. La maladie se transmet par
voie aérienne essentiellement lors du nettoyage des colombiers, dans des
colombiers mal ventilés ou encore lors de la manipulation de carcasses en
abattoir. Mais, je n’ai eu connaissance que de très peu de cas de cette maladie
chez les éleveurs de pigeons. Cependant, lors de syndrome grippal ne guérissant
pas spontanément (ou après traitement antibiotique non spécifique de la
chlamydiose) en quelques jours, il faut envisager l’hypothèse de la chlamydiose
chez les éleveurs d’oiseaux.
Enfin,
et c’est probablement la maladie la plus fréquemment rencontrée chez les
éleveurs d’oiseaux et de volailles, la « maladie du poumon des éleveurs
d’oiseaux » mérite une attention toute particulière. Il s’agit d’une
maladie d’origine immunitaire; c’est une allergie aux poussières et autres
particules véhiculées par les oiseaux (tous comme certains individus sont
allergiques au poil de chat). La maladie évolue sous une forme aiguë ou chronique.
Dans la forme aiguë, l’ éleveur ressent une gêne respiratoire dans les 10’
qui suivent son entrée dans le colombier. Cette gêne est aggravée lors du
nettoyage des installations. Il suffit de quitter le colombier pour recouvrer
la bonne santé en quelques heures. Cette forme de la maladie est donc facile à
diagnostiquer. La forme chronique est plus sournoise car les signes
n’apparaissent qu’après une longue période d’exposition et entraîne petit à
petit des lésions irréversibles du poumon qui perd progressivement ses
fonctions d’oxygénation du sang. Le meilleur conseil que l’on puisse donner à
des éleveurs atteints de cette maladie et de ne plus entrer du tout dans les
colombiers, les poulaillers,… Il est également possible de porter
systématiquement un masque respiratoire adapté à cette maladie. Mais, la
« corvée » de nettoyage doit obligatoirement être confiée à une
personne non sensible à ces allergènes.
Si
des personnes devaient craindre la transmission de maladies par les oiseaux, ce
seraient d’abord ceux qui sont en contact étroit et quotidiens avec ceux-ci et
donc, tout particulièrement, les éleveurs d’oiseaux. Dans ma pratique
quotidienne je rencontre assez souvent des éleveurs allergique et atteints de
« la maladie du poumon des éleveurs d’oiseaux », je n’ai rencontré
que très rarement des éleveurs atteints de la chlamydiose. Par contre, je n’ai
jamais rencontré de personnes ayant eu une affection digestive à Campilobacter,
à salmonelles ou à Candida en rapport avec la possession de pigeons. Le risque
d’attraper des maladies d’origine aviaire pour de simple passants en ville est
donc négligeable.